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Dr Mayaki : « Impliquer la jeunesse africaine dans l’agriculture pour ne pas en faire une bombe phénoménale »

A quelques jours de la réunion des Ministres de l’Agriculture des pays du G20, ONE* a organisé une rencontre entre quelques journalistes et le Docteur  Ibrahim Assane Mayaki, le Secrétaire Exécutif de l’Agence du NEPAD et ancien Premier ministre du Niger, qui, ici, analyse l’avenir du continent. Extraits choisis.
  • Occuper les jeunes : Deux tiers des Africains tirent leurs revenus de l’agriculture ; les Africains dépensent entre 50 et 80% de leur revenu pour l’achat de nourriture. Ces deux chiffres, bien connus, illustrent l’importance de l’agriculture pour le continent. Malgré cela, l’aide dédiée au secteur agricole est passé de 18% à 4% au cours des vingt dernières années. Aujourd’hui un troisième aspect renforce le besoin d’investir dans l’agriculture : il s’agit du seul secteur en Afrique qui peut absorber, au moins une partie, des millions de jeunes qui affluent tous les ans sur le marché  de travail, l’Afrique étant le continent le plus jeune du monde. Si on n’arrive pas à donner d’avenir à ces jeunes, on devra faire face à une « bombe phénoménale », à l’image des révolutions arabes, prévient le Dr Mayaki
  • Ce que le G20 devrait faire : Le G20 doit agir pour que l’Afrique ne subisse plus les conséquences d’une volatilité « importée » des prix alimentaires, une volatilité qui n’est liée ni à la météo, ni à une catastrophe naturelle, mais qui est la conséquence directe d’une spéculation excessive sur les marchés financiers. Et au lieu d’inventer de nouveaux mécanismes parallèles, le G20 devrait appuyer les mesures déjà prises en Afrique, par exemple la mise en réseau de stocks d’urgence nationaux. Le programme agricole du NEPAD, le Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA)  y travaille déjà.
  • Les limites du G20 : Depuis la dernière crise alimentaire en 2008 et les émeutes de la faim dans plusieurs pays, quelques mesures d’urgence ont été prises, mais ce qu’il faudrait sont des changements structurels au niveau international. Le problème : le système de gouvernance globale est en panne. La réforme de l’ONU n’avance pas, le cycle de Doha sur le commerce international semble mort, les réformes des institutions financières comme le FMI piétinent, les négociations sur le changement climatique laissent peu de place à l’optimisme. Et le G20 n’est pas représentatif de l’Afrique car aucun pays en développement n’y participe. L’Afrique du Sud ne peut pas représenter le continent entier, notamment  les intérêts des pays les plus pauvres.
  • La démocratie, pré condition au développement et à la sécurité alimentaire : Amartya Sen, prix Nobel d’économie, a bien démontré que les famines ne se produisent pas dans les démocraties. C’est quelque chose qu’on peut aussi observer en Afrique. La démocratisation de beaucoup de pays, même imparfaite, a permis une meilleure prise en compte des intérêts de la population, donc aussi de l’agriculture.  Aujourd’hui déjà, de plus en plus de pays africains investissent 10% ou plus de leur budget dans l’agriculture. Ceci s’améliorera encore dans les dix années à venir, grâce  à la relève générationnelle inexorable en politique.
A propos de ONE : ONE est une organisation de campagne et de plaidoyer qui lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables, particulièrement en Afrique, en suscitant la prise de conscience du public et en faisant pression sur les dirigeants politiques pour qu’ils soutiennent des politiques et des programmes intelligents et efficaces qui sauvent des vies, permettent de scolariser les enfants et améliorent l’avenir. Cofondé par Bono et d’autres militants, ONE est non partisan et travaille en étroite collaboration avec des responsables et activistes africains.Pour en savoir plus, visiter : http://www.one.org/fr/infos/Source: NEPAD