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Les pensées de 2 jeunes professionnels sur leur étude des systèmes complexes et multi-acteurs d’innovation agricole en Tanzanie et au Nicaragua

Cet été, j’ai voyagé de part et d’autre de l’hémisphère occidental pour visiter deux nouveaux stagiaires que j’encadre à l’ILRI. Ils sont en train de passer deux mois et demi sur le terrain pour nous aider à valider un modèle utile pour évaluer l’impact des plateformes d’innovation. Cette recherche est financée par le programme de recherche du CGRAI sur les politiques, institutions et marchés (PIM).

Un étudiant est en train d’étudier le Forum tanzanien pour le développement laitier et il est hébergé en Tanzanie par le programme de recherche du GCRAI sur l’élevage et l’aquaculture. Le second étudiant évalue l’Alliance d’apprentissage du Nicaragua et il travaille en collaboration avec le Centre international d’agriculture tropicale (CIAT) au Nicaragua, avec un cofinancement du programme de recherche du GCRAI Humidtropics. Bien que travaillant dans deux sites de terrain très différents, ils utilisent tous les deux cette approche conceptuelle pour le suivi et l’évaluation de plateformes d’innovation à une échelle nationale et ils doivent donc voyager à travers la Tanzanie et le Nicaragua pour collecter leurs données.

Ken Kago

Vivre à fond l’expérience de terrain 

Kennedy Kago est un étudiant Kenyan en Mastère d’économie agricole à Egerton University au Kenya. Ken avait déjà une expérience de recherche appliquée en économie agricole avant son stage à l’ILRI ; il avait déjà participé à plusieurs projets de recherche au Kenya et avait effectué de la collecte de données de terrain et des analyses statistiques. Néanmoins, son travail de terrain lui a tout de même permis de vivre des situations nouvelles et d’en tirer des enseignements.
 
Dans ses projets antérieurs, Ken avait travaillé au sein d’un large groupement de recherche et d’autres personnes organisaient les interviews pour lui ; il n’avait qu’à se présenter à la bonne heure pour mener son enquête auprès du répondant. Mais cette fois, Ken était tout seul pour étudier l'impact du Forum tanzanien pour le développement laitier sur l’accès au marché des acteurs de la filière lait en Tanzanie et sur l’appui aux plateformes d’innovation aux échelles régionales et des bassins laitiers dans le pays.

Ken, les embouteillages de Dar es Salaam, et la mer

Il a dû planifier tout son travail de recherche et son emploi du temps de terrain tout seul ; cela lui a permis de développer son expérience de gestion de projets de recherche sur le terrain. Ken a également pu fortifier son niveau d’interaction sociale pendant son séjour sur le terrain. Parce qu’il travaillait au niveau national avec des acteurs très occupés du secteur laitier, il s’est rendu compte qu’il était plus facile – du moins en Tanzanie – d’arriver sans rendez-vous au bureau d’un répondant potentiel avec sa lettre d’introduction officielle signée par l’Agence laitière de Tanzanie, d’expliquer sa recherche et de demander à brûle-pourpoint s’il pouvait interviewer le répondent tout de suite, ou bien prendre rendez-vous pour une interview plus tard. Cette stratégie avait de meilleures chances d’aboutir à compléter une enquête. 
 
Quand il essayait d’appeler les répondants pour se présenter par téléphone à l’avance, les répondants étaient plus enclins à refuser d’être interviewés ou, pire, à accepter un rendez-vous pour finalement ne pas être présents à l’heure et au jour indiqués pour l’enquête. A Dar es Salaam, la capitale de la Tanzanie, il était particulièrement difficile de gérer un planning d’interviews serré : beaucoup de répondants annulaient leur interview au dernier moment à cause de leur emploi du temps chargé, ce qui chamboulait tout le programme de travail de Ken.
 
Les embouteillages légendaires de la ville n’aidaient pas non plus. Quel plaisir donc de mener des enquêtes dans les autres régions tanzaniennes où les acteurs du secteur laitier étaient plus facilement disponibles. La Tanzanie étant un pays très vaste, Ken voyageait par car public entre les grandes villes, passant au taxi-moto ou au touktouk pour se déplacer au niveau local. Ayant grandi sur les hauts plateaux kenyans, Ken a vu la mer pour la première fois lors de son séjour à Dar ! Mais comme le Kenya et la Tanzanie ont le swahili comme langue commune, Ken n’avait pas de problème pour s’immerger dans le contexte local.
Dirk Landmann

Un « blanquito » au Nicaragua

L’autre étudiant qui travaillait en parallèle au Nicaragua n’aurait pas pu être plus différent de la population locale. Un allemand au teint pâle et aux cheveux roux, Dirk Landmann m’a dit que son apparence de « blanquito » l’avait en fait aider à ouvrir des portes pour mener ses enquêtes de terrain sur l’impact de l’Alliance d’apprentissage du Nicaragua sur le développement des compétences des agriculteurs nicaraguïens pour comprendre et participer dans les chaînes de valeur agro-alimentaires. Dirk est actuellement étudiant en agro-industries à l’université de Goettingen en Allemagne. Bien qu’il n’eût aucune expérience passée en recherche, il avait suivi une éducation tertiaire solide en agro-industries qu’il avait mise en pratique à travers de nombreux stages en Amérique latine.

J’ai été son ombre pendant trois jours qu’il faisait des enquêtes auprès de représentants de coopératives de producteurs de café et j’ai été impressionné par son habilité à user de son excellent espagnol oral pour mettre ses interlocuteurs à l’aise et à blaguer avec eux avant les interviews. Après s’être rendu compte que les bus publics ne seraient pas un moyen efficace pour mener à bien son programme d’enquêtes à travers le pays, Dirk demanda une autorisation pour acheter une moto d’occasion ainsi que le matériel complet de protection afin de voyager plus facilement entre les lieux reculés où il trouverait des coopératives agricoles qu’il devait enquêter pour son projet.

Grâce à ce mode de transport tout-terrain, Dirk est parvenu à améliorer son rendement d’interviews dans les régions où il y avait beaucoup de coopératives à enquêter. En se levant tôt et en finissant de travailler tard, il pouvait parfois compléter sept questionnaires individuels par jour. Il a particulièrement apprécié de rencontrer les populations locales et de découvrir les composantes qui caractérisent la confiance qui s’élabore entre acteurs des chaînes de valeur agro-alimentaires au Nicaragua. Toutefois, les débuts de Dirk sur le terrain ne furent pas faciles.

Une épreuve difficile

Il s’est d’abord senti un peu seul quand il devait rencontrer les acteurs de niveau national qui devaient partager leur liste de membres de l’alliance d’apprentissage avec lui. Quand il rencontra trois représentants expérimentés de la Fondation pour le développement technique agricole et forestier au Nicaragua (FUNICA), il n’apprécia pas l’interrogatoire éprouvant d’une heure et demie qu’il subit lors duquel il dut défendre son projet de recherche, l’approche conceptuelle utilisée et la méthode choisie pour la collecte de données. 

C’était la déprime en quittant cette réunion pénible. Cependant, il eut ensuite l’heureuse surprise de se rendre compte qu’il était parvenu à convaincre ces partenaires locaux qui furent dès lors extrêmement serviables pour planifier son programme d’enquêtes dans les différentes régions du pays où ils étaient actifs dans le développement des compétences des coopératives agricoles, et pour faciliter des rendez-vous avec d’autres répondants potentiels de l’enquête. Dirk se félicita aussi d’avoir préparé un dépliant d’une page présentant son projet de recherche ; ce fut très utile pour se présenter aux personnes enquêtées.  

Tant Ken que Dirk durent prolonger leur séjour sur le terrain du fait de leur départ un peu lent lié aux difficultés à interviewer les acteurs très occupés de niveau national dans les chaînes de valeur agro-alimentaires. Cela veut dire qu’ils devront travailler très dur sur leur analyse des données et sur la rédaction de leur premier brouillon de thèse de Mastère, qui doit être rendu avant la fin de leur stage à l’ILRI début décembre.

Par Jo Cadilhon, Agro-économiste sénior, Programme Politiques, Commerce et Chaînes de valeur, ILRI

Photo crédit: Ken Kago et Dirk Landmann.